Le style scandinave : pourquoi avons-nous autant besoin de simplicité ?

Le style scandinave : pourquoi avons-nous autant besoin de simplicité ?

Pourquoi le style scandinave nous séduit-il autant ? Au-delà d’une esthétique, j’explore ce que le minimalisme raconte de notre rapport à l’espace : simplifier notre environnement, apaiser notre esprit et finalement laisser davantage de place à ce qui compte vraiment.


Lorsque je pense au style scandinave, je pense immédiatement à des espaces lumineux, du bois clair, des lignes simples, des couleurs naturelles et relativement peu d'objets.

C'est une esthétique que nous connaissons désormais tous. Elle est entrée dans nos maisons, dans les magazines, sur Pinterest, dans les hôtels, les restaurants et jusque dans nos espaces de travail.

Mais en tant que designer, une question m'intéresse davantage que celle de son esthétique : pourquoi le style scandinave nous plaît-il autant ?

Pourquoi cette manière d'aménager nos intérieurs s'est-elle imposée dans autant de pays et auprès de publics pourtant très différents ?

Bien sûr, il y a IKEA. Il y a les prix accessibles, la production à grande échelle et la démocratisation du design. Mais je ne pense pas que cela suffise à expliquer un succès aussi durable.

J'ai plutôt l'impression que le style scandinave répond à quelque chose de beaucoup plus profond.

À mesure que notre quotidien devient plus complexe, nous semblons rechercher davantage de simplicité dans notre environnement.

Et si le succès du design scandinave venait finalement moins des meubles qu'il nous propose que de la vie qu'il nous invite à imaginer ?

Source : Le Biome x Déborah Duprat

Le design scandinave : penser l'objet à travers son usage

Ce qui m'intéresse dans le design scandinave, c'est que l'esthétique ne semble jamais complètement dissociée de la fonction.

Le mouvement, qui connaît notamment un important rayonnement international à partir des années 1950, défend une conception relativement simple du design : créer des objets fonctionnels, accessibles et agréables à vivre.

La lumière y occupe une place particulièrement importante. Les teintes sont souvent claires, les matériaux naturels et les formes relativement simples.

Cela s'explique évidemment en partie par le contexte des pays nordiques et leurs longues périodes hivernales. Mais au-delà de cette origine géographique, je trouve intéressant d'observer la sensation produite par ces espaces.

Tout semble plus lisible.

Le regard circule facilement. Les fonctions sont compréhensibles. Les objets semblent avoir une place.

Et cette notion de place me paraît essentielle.

Car lorsque chaque élément d'un intérieur possède une raison d'être, nous ne sommes plus seulement dans une recherche esthétique. Nous commençons à réfléchir à notre manière d'habiter.

Source : Le Biome x Déborah Duprat

IKEA : quand le design scandinave devient accessible à tous

Il est évidemment difficile de parler de la démocratisation du style scandinave sans parler d'IKEA.

L'enseigne suédoise a réussi quelque chose de particulièrement intéressant : rendre accessible au plus grand nombre un vocabulaire esthétique autrefois davantage associé au mobilier de designer.

  • Des lignes simples.

  • Des meubles fonctionnels.

  • Des couleurs relativement neutres.

  • Des matériaux évoquant la nature.

  • Et surtout, des prix permettant à une très grande partie de la population d'y accéder.

La philosophie de « Democratic Design » développée par IKEA repose d'ailleurs sur cinq dimensions : la forme, la fonction, la qualité, la durabilité et le prix bas.

Cette dernière notion me paraît particulièrement importante.

À quoi sert un bon design s'il n'est accessible qu'à une petite partie de la population ?

IKEA a évidemment bénéficié de la production industrielle, du meuble en kit, de l'optimisation du transport et d'une standardisation extrêmement poussée.

Mais l'entreprise a surtout participé à diffuser une idée : il est possible de réfléchir à son intérieur sans nécessairement disposer d'un budget considérable.

Et je pense que cette démocratisation a profondément changé notre rapport à la décoration.

IKEA ne nous vend pas seulement des meubles

Lorsque je traverse un magasin IKEA, ce qui me frappe finalement, ce ne sont pas tellement les meubles pris individuellement.

Ce sont les pièces.

On ne me présente pas simplement un canapé.

On me montre le salon dans lequel ce canapé pourrait exister.

Une lampe est allumée dans un coin. Un plaid est posé sur le canapé. Quelques livres occupent une étagère. Une tasse attend sur une table basse.

Tout est mis en scène pour raconter une vie.

Et c'est précisément ici que je trouve le phénomène intéressant.

Nous n'achetons jamais complètement un objet pour ce qu'il est. Nous achetons aussi une projection de ce qu'il pourrait apporter à notre quotidien.

Le style scandinave est particulièrement efficace dans cet exercice parce que l'univers qu'il véhicule est extrêmement identifiable.

  • Une vie plus douce.

  • Un intérieur rangé.

  • De la lumière.

  • Des matières naturelles.

  • Quelques beaux objets.

Finalement, derrière une bibliothèque ou une table en bois clair se cache peut-être une promesse beaucoup plus ambitieuse : celle d'une vie plus simple.

Pourquoi avons-nous autant envie de simplifier nos intérieurs ?

C'est probablement la question qui m'intéresse le plus.

Nous vivons dans un environnement extrêmement stimulant.

Téléphone, ordinateur, notifications, publicités, informations, réseaux sociaux, messages, objets, travail…

Notre attention est constamment sollicitée.

Face à cette accumulation, je trouve intéressant de constater que nos intérieurs suivent parfois le mouvement inverse.

Nous cherchons des couleurs plus douces.

Nous cachons les câbles.

Nous intégrons les rangements.

Nous réduisons le nombre d'objets visibles.

Nous essayons de faire entrer davantage de lumière.

Comme si nous cherchions inconsciemment à créer chez nous un espace capable de compenser le bruit du monde extérieur.

Je ne pense évidemment pas qu'un salon parfaitement rangé puisse résoudre notre stress quotidien.

Mais je pense que l'environnement dans lequel nous évoluons participe à notre état d'esprit.

Source : Le Biome x Déborah Duprat

Chaque objet demande une petite part de notre attention

C'est ici que la question du minimalisme devient particulièrement intéressante pour moi.

Lorsque j'entre dans une pièce très encombrée, mon regard saute naturellement d'un élément à l'autre.

Un câble, une pile de papiers, un vêtement, une boîte... Un objet posé temporairement qui finit par rester là plusieurs semaines.

Individuellement, aucun de ces éléments n'a réellement d'importance.

Ensemble, ils constituent pourtant une multitude d'informations visuelles.

À l'inverse, dans un espace plus simple, mon regard peut se poser.

Une table peut simplement être une table.

Une photographie peut réellement attirer mon attention.

Une belle matière peut être remarquée.

La lumière elle-même devient visible.

C'est pour cette raison que je préfère considérer le minimalisme non pas comme une esthétique, mais comme une manière de hiérarchiser notre environnement.

Le minimalisme ne consiste pas à vivre dans le vide

Je trouve d'ailleurs que le mot « minimalisme » est parfois mal interprété.

Il évoque rapidement des appartements entièrement blancs, presque vides, dans lesquels trois livres parfaitement alignés semblent constituer l'ensemble des possessions de leur propriétaire.

Ce n'est pas cette vision qui m'intéresse.

Je ne pense pas que simplifier son intérieur signifie supprimer tout ce qui fait notre personnalité.

Au contraire.

Je pense que le vide permet justement de donner davantage d'importance à ce que l'on décide de conserver.

Une photographie entourée de vingt autres photographies devient une image parmi d'autres.

La même photographie, seule sur un mur, devient un élément de la pièce.

C'est une question de hiérarchie.

Lorsque tout cherche à attirer notre attention, plus rien ne possède réellement d'importance.

Le minimalisme peut donc aussi être une manière de se demander :

Qu'est-ce que j'ai réellement envie de voir ?

Quels objets racontent quelque chose de moi ?

De quoi ai-je réellement besoin au quotidien ?

Et surtout :

qu'est-ce que je peux enlever sans perdre quelque chose d'important ?

Le style scandinave fonctionne peut-être parce qu'il nous rassure

Plus j'observe cet univers, plus je pense que son succès est lié à la sensation de contrôle qu'il procure.

Dans les photographies d'intérieurs scandinaves, chaque chose semble être à sa place.

L'espace est lisible.

Les couleurs dialoguent.

La lumière circule.

Les fonctions sont identifiables.

Dans un quotidien où nous contrôlons finalement assez peu de choses, pouvoir maîtriser notre environnement immédiat peut être rassurant.

Notre logement représente l'un des rares espaces sur lesquels nous pouvons réellement agir.

Déplacer un meuble, enlever un objet, changer une lumière, créer un rangement, repeindre un mur... Ce sont de petites transformations, mais leurs effets nous accompagnent chaque jour.

Mais à force de simplifier, ne finissons-nous pas tous par créer le même intérieur ?

C'est là que ma réflexion sur le style scandinave devient plus critique.

Parce que sa démocratisation possède aussi un paradoxe.

À l'origine, nous recherchons la simplicité pour créer un espace qui correspond mieux à notre manière de vivre.

Mais à force de reproduire les mêmes références, les mêmes couleurs et les mêmes meubles, nous pouvons arriver au résultat inverse : des intérieurs parfaitement harmonieux, mais totalement impersonnels.

Même canapé beige, même table en bois clair, même vase, même affiche, même lampe...

Le minimalisme devient alors un style que l'on reproduit plutôt qu'une réflexion sur notre manière d'habiter.

Et c'est précisément ce que j'essaie d'éviter dans ma vision du design.

Un intérieur doit laisser de la place à ceux qui l'habitent

Je préfère considérer les principes du design scandinave comme une base plutôt que comme une recette.

  • Simplifier.

  • Faire entrer la lumière.

  • Choisir les matières.

  • Réfléchir aux usages.

  • Créer des rangements intelligents.

  • Laisser respirer les volumes.

Puis remettre de l'humain :

  • Des livres.

  • Une œuvre que l'on aime.

  • Un meuble hérité.

  • Une photographie.

  • Un souvenir de voyage.

Parce qu'un intérieur n'est pas un catalogue, il raconte les personnes qui y vivent.

Et finalement, je trouve qu'un bon espace doit réussir à faire cohabiter deux choses qui semblent presque contradictoires : suffisamment de simplicité pour nous apaiser et suffisamment de personnalité pour nous ressembler.

Et si le véritable luxe était finalement l'espace ?

Pendant longtemps, l'abondance a pu être associée à une forme de réussite.

Posséder davantage, afficher davantage, et remplir davantage !

Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'une autre forme de luxe apparaît progressivement.

Avoir de l'espace, du silence, de la lumière.

Pouvoir regarder une pièce sans être constamment sollicité.

Dans cette perspective, je comprends mieux pourquoi le style scandinave continue de nous séduire.

IKEA et d'autres acteurs ont largement participé à sa démocratisation grâce à des meubles fonctionnels et relativement accessibles. Mais les prix ne peuvent pas, à eux seuls, expliquer pourquoi cet univers reste aussi présent plusieurs décennies après son apparition.

Si nous continuons à nous reconnaître dans cette esthétique, c'est peut-être parce qu'elle matérialise quelque chose que nous recherchons de plus en plus dans nos vies : de la simplicité.

Et cette réflexion dépasse largement la décoration.

Simplifier un intérieur, ce n'est pas nécessairement vivre avec moins.

C'est peut-être simplement faire davantage de place à ce qui compte réellement.

C'est en tout cas de cette manière que j'aime penser le design au sein du Biome.

Non pas comme une accumulation d'objets esthétiques, mais comme la recherche d'un équilibre entre nos espaces, nos usages, nos émotions et notre manière de vivre.

Parce qu'au fond, je crois que la question la plus intéressante à se poser lorsque l'on aménage un intérieur n'est pas : « Qu'est-ce que je pourrais ajouter ? »

Mais peut-être : « De quoi ai-je réellement besoin pour me sentir bien ici ? »

Finalement, pourquoi choisir un seul style ?

Cette réflexion autour du style scandinave m’amène aussi à une conviction qui guide ma manière de travailler : je ne pense pas qu’un intérieur ait besoin d’appartenir à un style précis pour être cohérent.

Scandinave, contemporain, minimaliste, industriel… Ces mots sont utiles pour définir des univers, trouver des inspirations ou comprendre ce qui nous attire. Mais ils ne devraient pas devenir des règles à suivre.

Dans l’un de mes projets, j’ai justement choisi de mélanger les codes du style scandinave et du contemporain. J’y retrouve la simplicité, les matières naturelles et la douceur que j’aime dans les intérieurs nordiques, associées à des lignes plus contemporaines et à une écriture plus personnelle.

Et c’est justement ce mélange qui m’intéresse. Vous pouvez retrouver ce projet : Ici.

Je crois que nous n’avons pas besoin de choisir un style ou un thème pour rentrer dans une case. Ce qui fait l’originalité d’un intérieur, ce sont nos aspirations, nos influences et surtout la manière dont nous décidons de les mélanger.

Un intérieur réussi n’est donc pas, selon moi, celui qui respecte parfaitement les codes d’un style. C’est celui dans lequel les différentes influences trouvent naturellement leur équilibre et finissent par raconter quelque chose de personnel.

C’est aussi de cette manière que j’aborde mes projets au Biome : je préfère partir de la personne, de ses usages, de ses envies et de ce qui l’inspire, plutôt que d’essayer de faire entrer son intérieur dans une catégorie.

Car finalement, notre originalité ne vient peut-être pas de ce que nous choisissons, mais de la manière unique dont nous mélangeons tout ce qui nous inspire.


Merci de patienter, votre Biome se charge !